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« Un don-dette de 75 milliards de FCFA, 1 an après… »

Le 10 février 2017, dans son traditionnel discours à la jeunesse camerounaise, son Excellence Paul BIYA se félicitait de l’entrée en vigueur du « plan spécial jeune ». C’est dans le cadre de ce plan que le projet « un étudiant un ordinateur » a vu le jour. L’objectif du projet était d’accorder gratuitement un ordinateur portable à 500 000 étudiants camerounais. Ces ordinateurs avaient vocation à généraliser l’usage des nouvelles technologies de l’information et de la communication auprès des jeunes, afin de les préparer à la transition numérique exigée par la conjoncture mondiale actuelle. Un an après, alors que le Président de la République s’adressait à nouveau à ses jeunes compatriotes, on aurait pu s’attendre à un bilan clair et exhaustif d’un projet qui depuis sa concrétisation fait l’objet d’un « bad buzz ».

Nous ne reviendrons pas sur les éléments du projet qui ont alimenté la polémique et ont été tournés en dérision sur les réseaux sociaux. Mais notons tout de même que le projet est financé par un emprunt de 75 milliards de FCFA auprès de « Exin Bank of China ». Les ordinateurs seraient fabriqués en Chine par l’entreprise « Sichuan Telecom Construction Engeneering Co. Ltd » et les processeurs par « Intel ». A ce stade 80 000 ordinateurs auraient déjà été fabriqués et deux premiers lots de 40 000 unités auraient été reçus en décembre dernier. Mais après la distribution des premiers ordinateurs, leurs caractéristiques sont pointées du doigt, et certains étudiants vont même jusqu’à vendre le « précieux sésame ».

Je veux bien entendre que les caractéristiques annoncées soient insuffisantes pour des usages avancés, et encore je pense à des étudiants dont la formation nécessite la manipulation de logiciels spécialisés (et je vois difficilement ce type d’étudiant ne pas avoir accès à un ordinateur !). Mais entre nous de zéro ordinateur, à un ordinateur il y a quand même lieux d’être reconnaissant.

Par contre, je suis moins conciliant devant le peu de transparence dans la gestion de ce projet. J’ai récemment lu sur Cameroun Liberty que la société Intel ne reconnaissait n’avoir livré que 50 000 processeurs au fabricant chinois. Ce qui sous-entend que 30 000 ordinateurs fabriqués pour le compte du Cameroun seraient dotés de processeurs d’origine inconnue. L’article est beaucoup plus alarmant, et suscite de nombreuses interrogations. Pour ma part je voudrais souligner que pour un emprunt de 75 milliards de FCFA, on aurait dû mettre en œuvre le projet différemment. Car à mon sens, nous perdons sur tous les tableaux. A l’origine l’initiative est bonne, mais dans des pays comme le Cameroun il faut tenir compte deux difficultés majeures. Premièrement nous n’avons pas toujours les compétences nécessaires. Et deuxièmement nos capacités de financement sont limitées. Ce don de 500 000 ordinateurs, qui s’apparente plus au don d’une dette de 75 milliards de FCFA, aurait pu prendre la forme d’un Investissement Direct Etranger (IDE).

 

C’est le cas au Rwanda où une entreprise venue d’Argentine y a implanté la première usine de production d’ordinateurs d’Afrique subsaharienne. La société « Positivo BGH » produit depuis 2015 des ordinateurs « made in Rwanda » peu chers, grâce à une main d’œuvre locale. Cette production est adaptée au besoin du marché, du fait de la proximité de l’entreprise qui peut être au fait des réalités des consommateurs. Sur ce modèle 300 milliards de dollars ont été investis au Rwanda en 2015, notamment dans les secteurs de pointe (General Business. « Réussite Rwanda – Paradis des investisseurs étrangers. » Online video clip. YouTube, 09 août 2017).

Je ne dis pas que les IDE sont des solutions miracles pour concrétiser la vision numérique du continent, ce ne sont que des pistes de réflexion. Quoi qu’il en soit à mon humble avis, pour devenir des champions du numérique, il nous faudra acquérir des infrastructures à la hauteur de nos grandes ambitions. Nous comptons déjà suffisamment d’années de retard dans le secteur industriel, ne répétons pas les erreurs du passé dans le secteur du numérique.

 

Ecrivons notre histoire au numérique,

By SamyAlex !

 

Source de rédaction :

 

One thought on “« Un don-dette de 75 milliards de FCFA, 1 an après… »

  1. Bien vu. En effet le projet à la base part d’une bonne intention, encore que la coïncidence avec l’année électorale peut être troublante. Mais bon nous éviterons d’être paranoïaques. Seulement comme tu l’as si bien mentionné dans ton article le peu de transparence de tout ce projet, à l’évidence mal ficelé, nous laisse entrevoir une histoire mafieuse et louche. D’autant plus qu’au Cameroun ça ne serait pas étrange. Le pire est aussi la dette contractée. Lorsqu’on sait comment une dette contractée par un État devra être remboursée (taxe sur les citoyens, etc..) on pense forcément aux générations futures qui viendront au monde déjà débiteurs des petits chinois. Avec toute la matière grise et la compétence qu’il y’a un Cameroun on ne peut se dire que toute cette histoire est une mauvaise blague. Mais bon attendons de voir l’impact de toute cette politique. Encore merci pour cet article.

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